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Tobias Rehberger

The Chicken-and-egg-no-problem-wall-painting

Rétrospective de l’œuvre sculptée de Tobias Rehberger
Stedelijk Museum à Amsterdam


Prolixe, Tobias Rehberger a derrière lui une œuvre dense et protéiforme. Sa pratique sculpturale ne déroge pas à la règle. On se souvient de son exposition Night Shift au palais de Tokyo qui ne fonctionnait que du coucher de soleil à minuit et dans laquelle il présentait les sculptures Videolibrairies incluant des écrans de télévision. Placées contre le mur, il ne subsistait du programme diffusé qu’un halo lumineux. On retrouve deux exemplaires de cette série ainsi que 22 autres éléments dans l’exposition que le Stedelijk organise dans ses locaux provisoires derrière la gare centrale d’Amsterdam.

La pratique « sculpturale » de Tobias Rehberger croise différentes disciplines : design, display, objets, maquettes, aménagement ? ; sans qu’on puisse y dégager un élément commun qui serait de l’ordre du « style Rehberger ». Cet éclectisme des formes est dû en partie au fait que l’artiste réagit aux contextes dans lesquels il est invité à intervenir, mais tient tout autant du fait qu’il considère la délégation comme un mode de production à part entière. L’exposition du Stedelijk est à l’image d’une pratique récurrente de l’artiste qui utilise une pièce précédemment achevée pour en réaliser une nouvelle : ainsi, dans une salle particulièrement longue et étroite, il a choisi d’installer en ligne une sélection de ses sculptures. Chaque pièce étant située à proximité d’une autre, ce dispositif a pour premier effet de rendre difficile la distinction des éléments de chaque pièce. De plus, il n’est possible de franchir cette ligne qu’à une seule de ses extrémités ce qui fait que le spectateur est littéralement confronté à un plan de sculptures dont il ne peut que voir l’envers ou l’endroit.

Afin que la bi dimensionnalité de cette exposition ne fasse aucun doute, Tobias Rehberger a installé sur une des longueurs de la salle rampe de projecteurs qui, en plus d’éclairer de manière dramatique les sculptures, projette les ombres de celles-ci sur le mur opposé. Chaque sculpture étant éclairée par plusieurs sources, il en résulte un enchevêtrement d’ombres plus ou moins contrastées à partir duquel l’artiste a réalisé un wall-painting. Le fonctionnement de ce dernier se résumant le plus souvent à redessiner une ombre vaguement figurative et lui accoler une bulle afin de la faire parler sur le mode de la bande dessinée.

On se souvient de la brillante interprétation qu’avait fait Jean Clair de l’œuvre de Duchamp [1] en la replaçant dans la perspective d’une recherche sur la quatrième dimension qui faisait de l’auteur du grand verre le dernier des classiques. Ici, Tobias Rehberger semble prendre le contre-pied de ces recherches en aplanissant totalement les éléments significatifs de son œuvre sculptée. Reliée à la fois à l’histoire mythique de la peinture [2] cette exposition dont la photographie aura du mal à rendre les effets, fait clairement de l’ombre l’inconscient freudien de la ronde-bosse.

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[1Jean CLAIR, Sur Marcel Duchamp et la fin de l’art , Paris, Gallimard, 2000, 335 p., ill. NB, ind.

[2Cf. la fable poètique rapportée par Pline l’Ancien, où la fille du potier Butadès de Sicyone dessine le contour de l’ombre du profil de son amant qui doit s’en aller à l’étranger.



Aurélien Mole 2008© courtesy Art21