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Gaël Pollin

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Le travail de Gaël Pollin prend résolument le parti pris des choses tout en exploitant les spécificités du médium photographique au travers des différentes possibilités qu’offre sa pratique.

D’une image à l’autre, Gaël Pollin cherche donc pour chaque sujet une mise en forme adéquate, capable de constituer dialectiquement des séries éclatées ( les images en moins , Egypte ). Utilisant les qualités de l’image argentique autant que celle de l’imagerie numérique, passant du noir et blanc à la couleur, de la prise de vue en studio à la numérisation d’images trouvées, le plan technique du travail tend in fine à couvrir le plus largement possible l’ensemble des procédés mis a sa disposition sous l’appellation photographie.

Une des voies récurrente dans cette exploration du médium consiste à s’intéresser aux aperceptions de celui-ci. En effet, si l’on s’extasie dés 1839, sur les capacités de rendu de la photographie, chaque image est cependant le résultat d’un certain nombre de choix exclusifs qui constituent le hors champ perceptif de chaque représentation. Ainsi, choisir de capter les hautes lumières diminue d’autant l’information contenue dans les ombres.

En combinant ces aperceptions que sont l’envers, le volume, le reflet, l’échelle..., aux différents genres établis par l’histoire de l’art tels le portrait, le paysage, la nature morte... Gaël Pollin produit lentement des séries diachroniques où le spectateur ne cesse d’être renvoyé du sujet générique au détail singulier. Ces ruptures dans les modes d’appréhension du sujet, combinées au mouvement centripète qui anime chacune des séries, font qu’un ensemble se constitue hors de toute répétition de motif qui aurait la rassurante évidence d’un thème. Enfin, les références aux différents usages de la photographie que sont le reportage, la publicité mais aussi l’archéologie, les sciences, différentes catégories du document..., achèvent d’amplifier les modulations d’attention que suscite ce travail qui rend sensibles les mécanismes de réception d’une image.

En insistant sur les formatages qu’opère une photographie sur l’objet qu’elle représente, le travail de Gaël Pollin ouvre donc sur la question de la photographie en tant que forme symbolique. Ce concept emprunté au philosophe Ernst Cassirer définit ces formes de réception, d’organisation et d’objectivation du divers qui sont à l’oeuvre pour former autant que pour informer notre rapport au monde, sans emprunter les voies du concept et de la logique discursive.

Dénué de lyrisme, dans une attention toute reportée sur le rendu, le sujet des images se joue et se rejoue alors dans les différents rapprochements que l’artiste effectue entre le peu de photographies qui constituent l’ensemble de son travail. Que ce soit sur les cimaises d’un lieu d’exposition ou dans les pages d’un magazine, l’indétermination de chaque élément permet une fluctuation du sens au fil des juxtapositions, si bien que l’on pourrait presque parler pour chaque image de sujet relatif.

Aurélien Mole



Aurélien Mole 2005© courtesy Art21