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Merzen

LiveInYourHead
Boris Achour, Jeanne Gillard & Nicolas Rivet, Silvan Hillmann, Thomas Koenig, Aurélien Mole avec Leonor Antunes, Pierre Leguillon et Clément Rodzielski, Emanuel Rossetti, Clémence Seilles, Jerszy Seymour, Michael E. Smith, Christoph présentent MERZEN

Exposition 23.05 – 05.07.2014
Vernissage le 22.05 à partir de 18h
LiveInYourHead
Institut curatorial de la HEAD - Genève
Rue du Beulet 4
1203 Genève


Conçue par Jeanne Gillard et Nicolas Rivet, artistes, curateurs et assistant-e-s à la HEAD – Genève, l’exposition Merzen porte un regard renouvelé sur les relations entre art visuels et arts appliqués. Elle associe un groupe d’artistes et de designers autour d’un projet commun, articulé autour d’une série d’œuvres nouvelles réalisées par dans le cadre d’ateliers menés avec les étudiant-e-s du programme Work.master. Un ensemble de propositions réalisées pour l’occasion et de prêts d’œuvres emblématiques vient compléter cette exposition manifeste.

1984, avait prédit George Orwell, serait une année particulière. Tandis que l’apparition du néolibéralisme en France marque le point d’orgue d’une mutation du capitalisme – paradoxalement orchestrée par le parti socialiste –, à ce même moment, une revue post-situationniste, fondée par l’écrivain Jaime Semprun, forme le bastion d’une critique directe et sans appel de la société industrielle : l’encyclopédie des nuisances.

Là où les Encyclopédistes, tels que Denis Diderot, avaient établi l’inventaire enthousiaste d’un monde matériel délivré des préjugés (notamment des croyances religieuses) et gouverné par la raison accrue grâce aux progrès de la production, Jaime Semprun en dresse, à leur suite, la liste des nuisances. Ainsi, son dictionnaire de la « déraison » forme l’image inversée et cauchemardesque de la liberté promise par l’évolution de l’industrialisation. Rétrospectivement, dans une société où la domination du néolibéralisme est encore prégnante et contribue d’autant à la dégradation générale des conditions d’existences, la lecture des textes de l’encyclopédie des nuisances forme plus que jamais un abîme entre la théorie critique et la praxis. 



Une discipline telle que le design, dont l’essor est intimement lié au développement de l’industrialisation, est-elle à même de concevoir de nouvelles pratiques, après l’effondrement industriel ? Une pratique peut-elle être l’adaptation d’un texte aussi critique ? Si l’encyclopédie de la déraison compose le socle théorique de cette exposition, l’ensemble des pratiques exposées en constituera les actes. Face à l’image distancée de la critique, elles formeront une matérialisation visuelle brute de ses effets.



L’artiste Kurt Schwitters a inventé un terme étrange pour baptiser les modalités de cette pratique : « Merzen ». En opérant une ablation du nom allemand « Kommerz », en détachant « Merzen » de son « Kom », il retrouve le sens d’une praxis radicale, l’action détachée de toute finalité marchande. S’ingéniant à déjouer les termes qui forment la « novlangue » de l’art contemporain, la critique de l’encyclopédie des nuisances est une occasion propice d’altérer certains rites liés à l’écologie des expositions.